"Je m’excuse du ton de cette lettre. J’ai écris ce texte à Téhéran, dans des conditions de faiblesse psychologique et physique, comme on dit ici en Iran, à votre intention, vous les Iraniens et les autres à l’étranger. J’estime que ce texte est important pour l’avenir de l’Iran. Comme le disait Napoléon, entre la victoire et la défaite, il n’y a qu’un pas. C’est exactement là où nous nous trouvons.

Cette nuit j’étais seul sur le toit. J’étais seul et quelques maisons plus loin, j’entendais une fille qui criait de tout son être Allah-o-Akbar. Sa voix ressemblait à celle de Neda, alors moi aussi avec toute l’énergie qui me restait, j’ai crié. J’ai crié « n’ayez pas peur, n’ayez pas peur, nous sommes tous ensemble ». Mais lâche que je suis, après une demi-heure, fatigué, un peu désespéré et un peu effrayé, je suis redescendu. Mais on entendait encore cette fille : « Iranien digne de ce nom, soutien, soutien ».

Ces mots, sont les mots du cœur des gens ici, croyez-moi, c’est vrai. Ces derniers jours, j’étais partout et j’ai pu sentir de tout mon être la situation en Iran. Ici à Téhéran, la population a un peu peur. On a dit aux gens que la milice repérait des maisons et que le soir elle attaquait. La vidéo que CNN a montré où on entendait les cris de plusieurs femmes dans une maison, a renforcé cette idée. Les gens ont peur, la vidéo de la mort de Neda les a tétanisés. La presse liée au pouvoir a lancé une guerre psychologique particulièrement violente. Aujourd’hui, partout, à chaque mètre, on trouvait un agent en civil. Aujourd’hui, j’ai perdu tout espoir en ne voyant que quelques milliers de personnes sur la place de 7 Tir. Je vous le jure, on a fait tout ce qui était possible pour Neda. Nous sommes dans une situation vraiment critique. Compagnons de lutte qui êtes à l’arrière ! Nous avons un besoin urgent de ces choses là. Si vous ne les envoyez pas, on a perdu. Je suis persuadé qui si dans ces conditions, vous ne réagissez pas de toute urgence, l’ennemi va nous réprimer avec violence.

1- Aujourd’hui j’ai entendu plusieurs personnes dire qu’on ne peut pas gagner. Donnez-nous le moral, il faut en disant les victoires que nous avons remportées (et jusqu’à présent elles sont nombreuses et valeureuses), nous donner de l’énergie. Ôter la crédibilité à ce pouvoir, ce n’est pas une mince affaire ! Unir tous les Iraniens, ce n’est pas rien ! Aujourd’hui, le commandant des pasdarans de Téhéran, pour avoir refusé d’exécuter un ordre, a été arrêté, ce n’est pas une mince victoire ! Répétez-le nous. Donnez-nous le moral.

2- Appelez la population effrayée à lutter à peu de frais ( !) (Comme retirer son argent des banques). Croyez-moi, le pouvoir a créé des conditions telles que même s’habiller en noir au bureau ça coûte cher, alors vous comprendrez qu’une grève… Je vous en prie, ne nous en voulez pas, nous avons fait tout ce que nous pouvions en une semaine, comprenez-nous.  Comment encouragez ces paysans pour qu’ils retirent leur argent de la banque ?

3- Ne laissez pas les sites du régime détruire la volonté et le moral des gens, pourquoi les attaques contre l’agence Fars et les autres ne continuent pas. Ne les laissez pas déverser leur poison, faites capoter ces sites.

4- Pour créer un climat de peur et d’insécurité, la télé iranienne, dans un geste hypocrite, a demandé à la population de lui envoyer des photos des manifestants. Faites le savoir pour nous, est-ce qu’on n’a pas mis nos films et nos photos sur Internet ? Il ne faut pas avoir peur. Ce que fait la radio-télévision, c’est une guerre psychologique.

5- Le pouvoir a encore réussi à mettre la presse et les gouvernements occidentaux en position défensive. Demandez aux média de diffuser nos nouvelles incomplètes. Les gouvernements, surtout celui d’Obama, ne doivent pas rester neutre, ils ne doivent pas vendre le peuple au régime. Le monde doit s’unir pour demander au pouvoir d’organiser de nouvelles élections. Nous avons fait tout ce que nous pouvions, le monde doit nous comprendre. L’absence de soutien clair et net de l’Europe et des Etats-Unis à la présidence d’Ahmadinejad a beaucoup aidé. Dites à Obama de ne pas nous vendre, de ne pas tomber dans ce piège. (…)"

Armine