10 ans du mouvement de 1999 - Interview de Saeed Ghasemynejad
Par solidariteIran le dimanche, juillet 12 2009, 18:11 - "Je voudrais vous dire" - Lien permanent
Saeed Ghasemynejad fut un des leaders du mouvement étudiant de 2003. Etudiant réfugié politique en France, il se rappelle du mouvement de 1999.
Comment est né le « mouvement de 99" ?
Par une simple affiche collée sur les murs contre l’interdiction du journal « Salam ». Une fois affichée, elle a attiré l'attention des étudiants et des mouvements se sont développés. C'est après l'attaque de l'université de Téhéran par la milice basidji que le mouvement s'est endurci. Les demandes des contestataires pour plus de libertés publiques sont devenues de plus en plus exigeantes, mais les dirigeants des mouvements réformateurs avaient peur de faire sortir les gens dans les rues, de ne plus maîtriser des demandes de plus en plus extrêmes qui sortaient du cadre du régime.
Pourquoi ce mouvement est-il important dans l'histoire de l'Iran?
Jusqu'alors, les rassemblements dans la rue étaient favorables aux partisans de l'état. Le mouvement de juillet 99 est très important car c'est la première manifestation de contestation qui se déroule dans la rue. __ Comment le mouvement va-t-il prendre fin?__
Les dirigeants des mouvements étudiants vont être arrêtés. Le parti politique officiel ainsi que les modérés n'ont pas soutenu le mouvement.
Comment avez-vous vécu ses évènements?
En 99, je n'étais pas encore étudiant, j'étais lycéen. C'est en 2003, pour le 4ème anniversaire que je me suis fait arrêté. J'étais en voiture pour aller voir mon père à l'hôpital. On m'a arrêté, sorti de la voiture et plaqué contre elle. Ils avaient repéré mon accent. Dans la voiture, ils ont trouvé des articles que j'avais écris. Pour m'intimider et me faire peur, ils me disaient que je risquais 15 ans de prison pour avoir écrit des articles contre le régime. Ils m'ont également annoncé que mon père était mort d'une crise cardiaque en apprenant que son fils avait été arrêté et que m'a mère était terriblement atristé par mon arrestation en tant qu'agitateur. C'était faux. A chaque action de résistance de ma part, j'ai été battu. Les premières 24 heures, ils ne m'ont pas laissé dormir, je devais rester debout. Les conditions de détention étaient les suivantes: une cellule de un mètre sur deux, pas le droit d'aller aux toilettes sauf aux heures de la prière (deux fois par jour).
Quels sont les différences avec le mouvement actuel et celui de 99?
Le mouvement est plus large aujourd'hui qu'il y a 10 ans. Il n'y avait auparavant que les étudiants mobilisés. Aujourd'hui, les travailleurs ont aussi manifestés. De plus, les bases des accusations sont les mêmes mais la répression est plus forte aujourd'hui. Ils raptent les gens, ils violent les femmes. Quand vous vous êtes fait violés, vous n'osez pas le dire. Aujourd'hui, ils ont arrêtés trop de monde, les prisons sont pleines alors ils torturent les prisonniers avant de les faire sortir afin que ceux-ci relaient leur peur auprès de la population.
Comment faire en sorte que le mouvement de contestation continue et devienne plus fort?
C'est dans la continuité de la désobéissance civile et de la grève que le mouvement perdurera. La plupart des gens ne veulent pas participer aux manifestations par peur mais la désobéissance civile perdure et la plupart des gens agissent à leur niveau. Le temps est donc un facteur déterminant pour la réussite du mouvement. Si le mouvement perdure, il y a de fortes chances que le régime ne tiennent pas face aux actions menés par la société civile.
La religion est-elle un élément important du conflit?
La religion dominante reste l'Islam, que ce soit pour l'homme de la rue ou pour les plus hauts dignitaires du régime. La différence importante est que les dirigeants aiment plus la religion que l'Iran.
Quelles sont vos attentes sur le plan international?
L'aide internationale est importante mais le plus important c'est que le mouvement existe à l'intérieur de l'Iran. Sur la scène internationale, il est important que Ahmadinejad n’ait pas de reconnaissance internationale. Les ONG et les partis politiques sont importants mais le plus important c'est que les pays concernés prennent position contre le régime. Il est important que les gens de par le monde supportent notre mouvement, c'est une aide pour garder l'espoir.